Le sujet est éminemment "politique", voire "politicien". L’annonce par Moetai Brotherson, le 7 juin lors du Festival Tainui Atea, du classement de 500 000 km2 supplémentaires de la ZEE est localement au centre d’un brûlant débat. Le Tavini Huiraatira estime que la création de deux nouvelles AMP repose sur une logique qui ne correspond ni à la réalité de la ressource ni aux besoins économiques du pays. Le parti indépendantiste affiche son opposition frontale au projet en soulevant une question de souveraineté. Des accusations auxquelles la cheffe de projet à la Direction de l’Environnement a répondu point par point. Et quelques réponses du président Brotherson. Le débat sur les aires marines protégées devrait continuer à l’Assemblée où le gouvernement a déposé un projet de délibération portant avis sur ces arrêtés créant les nouvelles zones aux Marquises et aux Australes...
Pour rappel : Le président de la Polynésie française, Moetai Brotherson, avait annoncé la création de 500 000 km² supplémentaires d'aires marines protégées, lors du Festival Tainui Atea, à l'occasion de la Journée mondiale de l'océan : in Festival Tainui Atea: plusieurs jours dédiés à la protection de l'océan (AvA-Infos)
Au lendemain de l'annonce par le gouvernement de la création de deux nouvelles aires marines protégées aux limites nord et sud de la ZEE polynésienne, le Tavini Huiraatira a demandé la suspension du projet. Pour Antony Géros, ces nouvelles AMP imposent davantage de contraintes aux pêcheurs polynésiens alors que les stocks de thons ne sont pas menacés. Le vice-président du parti accuse également l'État français et certaines ONG d'influencer les choix du gouvernement Brotherson au détriment du développement économique du pays.
La riposte n'aura pas tardé. Quelques jours après l'annonce par le gouvernement de la création de deux nouvelles Aires marines protégées (AMP) représentant près de 500 000 km² supplémentaires en protection renforcée aux Marquises et aux Australes, le Tavini Huiraatira a affiché mercredi son opposition frontale au projet. (…) Et le message est clair : le Tavini demande au gouvernement de “suspendre toute nouvelle extension d'aires marines protégées tant qu'une véritable consultation des communes, des acteurs économiques et des entreprises de pêche n'aura pas eu lieu”.
(…). Il estime que la création de ces deux nouvelles AMP repose sur une logique qui ne correspond ni à la réalité de la ressource ni aux besoins économiques du pays.
(…). Le Tavini conteste également l'efficacité même de ces nouvelles protections. Selon Antony Géros, les principales espèces concernées sont des poissons hautement migrateurs qui ne s'arrêtent pas aux limites des zones protégées…
(…). Mais derrière le débat sur les aires marines protégées, c'est surtout une question de souveraineté que soulève le Tavini. Dans un communiqué signé par Oscar Temaru, le parti rappelle qu'en 2016 l'ONU a reconnu au peuple polynésien un droit à la souveraineté permanente sur ses ressources naturelles. Pour le Tavini, les décisions concernant la ZEE devraient donc être prises en fonction des intérêts de la Polynésie avant toute autre considération.
(…) Le vice-président du Tavini s'est également interrogé sur le rôle joué par certaines ONG environnementales, notamment l'organisation américaine Pew, engagée dans la promotion d'aires marines protégées dans le Pacifique. (…) Là où le gouvernement met en avant la protection des océans, le Tavini estime que la priorité doit être de permettre aux Polynésiens de tirer davantage parti des ressources de leur immense zone économique exclusive.
AMP : le Tavini réclame une pause et défend l'exploitation de la ZEE (Tahiti Infos)
Le Tavini Huiraatira a sollicité la presse ce mercredi matin, sans son président Oscar Temaru, actuellement en convalescence. Ses proches se veulent rassurants, tandis que le parti indépendantiste affirme ses positions sur l’extension des aires marines protégées.
(…). Le Tavini Huiraatira dit non à l’extension des AMP. Anthony Géros a déjà annoncé que les élus du Tavini feront bloc à l’Assemblée de la Polynésie sur cette question.
Le bras droit d’Oscar Temaru s’interroge également sur l’influence d’organisations environnementales internationales, pointant notamment la présence éventuelle d’un membre de l’organisation The Pew Charitable Trusts au sein d’un ministère du gouvernement de Moetai Brotherson.
Oscar Temaru en convalescence, le Tavini Huiraatira s’oppose à l’extension des AMP (Polynésie 1ère)
Hospitalisé plusieurs jours la semaine dernière, le leader du Tavini Huiraatira âgé de 81 ans, était ce mercredi absent de la conférence de presse de son parti sur les aires marines protégées. (…) Bien qu’absent ce mercredi matin, Oscar Temaru fait encore entendre sa voix : il a tout de même transmis un communiqué de presse relayé par son parti. Un parti dont les tensions se font grandissantes ces derniers mois. Plusieurs membres l’ont quitté et un nouveau groupe mené par Tematai Le Gayic s’est créé à l’Assemblée de la Polynésie.
« Il faut qu’il se repose et il va revenir » : Géros rassure sur la santé d’Oscar Temaru (TNTV)
Lors d'une conférence de presse ce mercredi, les indépendantistes du Tavini Huira'atira ont fermement condamné le projet d'extension des aires marines protégées. Dénonçant une « protection sur papier », le parti bleu ciel accuse l'État d'instrumentaliser le gouvernement local pour asseoir sa puissance océanique.
(…). Le parti indépendantiste estime que « ni l’État, ni Ma’ohi Nui, n’ont les moyens humains et financiers pour surveiller avec efficacité une telle immensité océanique, qui nécessiteraient le recours à des satellites, des aéronefs et des bâtiments maritimes adéquats. Cette « protection sur papier » ne garantit aucun résultat efficace, clame Oscar Temaru, absent ce mercredi, mais auteur d’un communiqué.
(…) Interrogé lundi à ce sujet, le secrétaire général adjoint du haut-commissariat Etienne de la Fouchardière, avait déclaré qu’un plan de surveillance spécifique à l’environnement marin doit être élaboré, sur le modèle de ce qui existe déjà pour le contrôle des pêches. Un plan qui va « fixer aux différentes unités de contrôle de l’État — Marine nationale, gendarmerie, gendarmerie maritime ou affaires maritimes — des objectifs de contrôle liés aux textes sur l’environnement marin », avait il déclaré.
Oscar Temaru déplore également une restriction des zones de pêche et estime que « dans la mise en œuvre de ce concept, le Gouvernement se laisse bercer d’illusions par l’État dont il se fait le porte-parole. En effet, l’Etat instrumentalise Ma’ohi Nui pour apparaitre aux yeux de la communauté internationale comme le fer de lance en matière de protection des océans (…) ». Le leader indépendantiste accuse l’Etat de préparer « à dessein son avenir et sa puissance océanique et une appropriation progressive de notre territoire maritime et de ses richesses sous-jacentes ». (…)
Aires marines protégées : le Tavini accuse l’État de « stratégie prédatrice » (TNTV)
Saluée à l’international, l’annonce du classement de 500 000 km2 supplémentaires de la ZEE est au centre d’un brûlant débat localement. Gouvernement « sous influence », pêcheurs « sacrifiés »…. Terena Hargous, cheffe de projet à la Diren, défend au contraire protections issues de « compromis » entre les revendications des Marquises et des Australes, les intérêts économiques du pays et l’objectif de « pérennité de la pêche ». Elle assure surtout que le Pays n’est en rien un « pantin » des ONG, qui choisissent de financer ou pas des actions décidées au sein de l’administration. Le Pays reste « le capitaine du va’a », même quand les ONG comme Pew financent des postes au sein même de l’administration, assure-t-elle. D’autres embauches de ce type sont d’ailleurs prévues du côté de la Direction des Ressources marines.
Depuis l’annonce du gouvernement de créer deux nouvelles aires marines protégées au Nord des Marquises et au Sud des Australes, de nombreux acteurs économiques et politiques ont réagi. D’abord les pêcheurs, capitaines et armateurs hauturiers qui s’estiment « sacrifiés » par la multiplication des zones d’interdiction des thoniers – qui couvrent désormais plus de 35% de l’aire Tainui Atea. Des professionnels qui confient aussi leur incompréhension : l’activité des palangriers est durable, contrairement à celle des grands senneurs qui pullulent à l’extérieur de la Zone économique exclusive. C’est ensuite le Tavini qui s’est exprimé, dénonçant un atteinte aux capacités de développement économique et d’autosuffisance alimentaire du Pays. Pour le parti indépendantiste, et notamment son président Oscar Temaru, convalescent, mais qui s’est exprimé par communiqué, le gouvernement est « instrumentalisé ». Par l’État, dont les bleu ciel voient toujours l’ombre derrière toutes annonces concernant les ressources marines, bien que les créations d’AMP émanent du Pays et ne sont pas, pour celles de ces derniers jours, particulièrement applaudies par Paris.
(…) Des accusations auxquelles Terena Hargous, cheffe de projet à la Direction de l’Environnement a répondu point par point, sur notre plateau mercredi. Cette spécialiste du sujet des Aires marines protégées a d’abord rappelé que les nouvelles AMP proposées au Nord des Marquises et au Sud des Australes, le long des frontières de la ZEE n’ont pas été choisies par hasard. Les communautés de ces deux archipels revendiquent depuis de longues années la création de larges réserves – bien plus larges que les AMP finalement tracées, rappelle la responsable – estimant nécessaire de réserver des ressources à leur pêche côtière, mais les intérêts des pêcheurs ont été pris en compte. Bref, un « compromis », qui engendre comme souvent des frustrations. L’année dernière, alors que Moetai Brotherson annonce un changement de classement pour la ZEE, désormais aire marine protégée, les maires des archipels s’étaient émus du manque de protection autour de leurs îles et au large de leurs côtes. Aujourd’hui, ce sont les pêcheurs hauturiers qui expriment leur colère. « L’objectif du gouvernement, c’est de trouver cet équilibre entre la protection et l’exploitation », assure Terena Hargous.
(…) Le débat sur les aires marines protégées devrait continuer à l’Assemblée où le gouvernement a déposé un projet de délibération portant avis sur ces arrêtés créant les nouvelles zones aux Marquises et aux Australes.
« Pas du tout influencé par les ONG », le Pays défend le « compromis » trouvé sur les AMP (Radio 1)
Le président de la Polynésie était l’invité du journal de TNTV, ce dimanche soir. Grogne de la filière pêche sur l’extension des aires marines protégées, problème d’organisation de l’épreuve de natation des prochains Jeux du Pacifique et création du parti A Fano Ti'a, Moetai Brotherson a été interrogé sur divers sujets. Il est également revenu sur l’état de santé d’Oscar Temaru qui a « eu un passage à vide » mais « va mieux ». « C'est un guerrier », dit-il. Lire l'interview.
La filière pêche est inquiète concernant les extensions de réserve intégrale de Tainui Atea, ces zones « no-take ». Qui nous dit que demain, nos pêcheurs n’auront pas cruellement besoin d’aller dans ces zones pour trouver du thon ? / Les pêcheurs dénoncent aussi l’ingérence et l’influence des ONG sur les politiques publiques au détriment de leur filière et de la population. Que leur dites-vous ? - Les réponses du président Brotherson.
Moetai Brotherson : « Oscar Temaru est un guerrier pacifique, mais c’est un guerrier » (TNTV)